BALLET DE L’OPERA DE PARIS

MARION MOTIN – XIE XIN – CRYSTAL PITE

TROIS CHOREGRAPHES – TROIS CREATIONS – TROIS BIJOUX

Crédit photo : DR

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MARION MOTIN – THE LAST CALL

Pièce pour 15 danseurs

Marion motin est de celles qui a construit sa danse sur le béton, dans la rue ou dans les centres commerciaux, baignée dans l’univers hip-hop à l’énergie d’attaque et imbibée par la musique du bout des cheveux aux bouts des orteils. Puis danseuse dans le commercial, elle aura ce besoin de créer, de fédérer et d’aller chercher la vérité dans le corps, dans le sien et ensuite dans celui des autres. Elle deviendra chorégraphe et une nouvelle ère commence dans le milieu dit commercial. Une danse moins téléphonée, moins cliché, moins propre, mais une danse à mon sens plus sincère, plus instinctive, plus humaine. Le danseur n’est plus décor, mais est à part entière le prolongement d’un artiste, le sujet d’une histoire, l’interprète d’une proposition, un être humain que l’on considère et respecte.

Crédit photo : Julien Benhamou

Ce soir c’est sa dernière création qui se joue à l’Opéra Garnier par les danseurs et danseuses du ballet de l’Opéra de Paris c’est : The last call.

C’est sa première création pour le ballet de l’Opéra de Paris.

Inspiré par le décès de son papa il y a un peu plus d’un an, elle parle de ce coup de téléphone qui fait basculer des vies, bouleverse, traumatise et interroge.

Cette cabine, ce téléphone qui sonne comme fil rouge, celui qui décroche, s’effondre, et cette masse de danseur.se.s qui va réagir et danser à l’unisson, souvent. Quel bonheur ces corps qui bougent ensemble, comme s’ils/elles n’étaient qu’un, et en plus des danseur.se.s de l’opéra de Paris qui swinguent, qui bouncent, qui lâchent prise, à la limite de la trans parfois. On sent les corps de ses danseur.se.s classique libres, on sent l’humain derrière le danseur, l’expression humaine qui prime sur le geste. Plus de ligne, plus de paraitre, mais de la véracité humaine et des qualités de corps pour ma part jamais vu par des danseurs.se.s dit classiques ! On reconnait la pâte Marion Motin, celle de l’instinct, du ressenti de la musique, de la résonnance d’une émotion dans le corps, d’un état qui transpirent par chaque pore de la peau et surtout dont chaque mouvement a du sens, même si esthétique il y a. Des corps que la musique va transcender, un peu, voir beaucoup. On y reconnait également des influences jazz, très jazz ! Du jazz à l’Opéra !

La musique est prenante et pas gênante, jamais, il y a de la diversité mais de la fluidité entre chaque tableau, pas d’arrêt, on est saisi de bout en bout, comme si nous regardions un film qui passe d’une scène à l’autre sans nous perdre, jamais.

On peut se dire que chaque tableau, chaque univers de par la musique, la lumière, la formation des interprètes ou la gestuelle est une étape faisant partie du processus du deuil. Peut-être le déni, la tristesse, la colère, l’acceptation, l’envie, le besoin de parler, de correspondre avec cet être cher…

La prise d’espace est captivante, et les costumes originaux, beaux, et cohérent. On voyage, on est tenu en haleine et c’est la fin. 30 min qui en paraissent 10. Comme une envie d’en voir encore plus…

XIE XIN – HORIZONS

Pièce pour 9 danseurs

Crédit photo : Julien Benhamou

De la douceur à souhait dans un nuage de fumée.

Xie Xin je ne la connaissais pas, ni son parcours, ni son univers.

J’ai découvert qu’elle venait de Chine, qu’elle est danseuse contemporaine depuis ses 8 ans, et depuis 2014 chorégraphe de sa propre compagnie : Xie Xin dance theater

Une belle surprise de découvrir sa pièce : horizons.

C’est sa première création pour le ballet de l’Opéra de Paris.

Le thème ? la nature et sa grandeur, ses cycles et les perceptions que l’humain peut se faire.

Un thème qui laisse place à notre imaginaire, à notre vécu, à nos émotions, à notre être et ses vérités.

La création de Xie Xin est d’une immense douceur, c’est moelleux, c’est tendre, c’est rond. Les corps laissent fondre le placement rigide réservé au ballet pour de la tendresse dans la chair et dans les articulations. Ça respire, et c’est divin.

La musique est apaisante, émotive, et tend à faire vibrer chaque cellule du corps. La musique ne semble pas laisser place à de la façade, mais à de ce qu’il y a profondément au fond de chacun de nous. Au-delà du paraitre, au-delà de tout masque, de toute armure, ou toute protection dites sociales pour faire bonne figure.

La lenteur des propositions est planante, en adéquation avec la musique sublime de Sylvian Wang, et des montées en puissance se profilent sans jamais perdre la qualité de tendresse dans les corps. Les costumes sont originaux, souple, et invitent à la liberté et l’expression totale du corps.

Du miel pour les yeux, les âmes et la race humaine.

CRYSTAL PITE – THE SEASON’S CANON

Pièce pour 54 danseurs

L’efficacité de trois ingrédients et la puissance de la masse.

54 danseurs, 54 humains, 54 énergies qui s’allient, autant dire que c’est une grosse claque artistique, prenante et émouvante à souhait.

Des dos nus, des corps qui se touchent, se tiennent, se tirent, se tractent, se suivent, se sentent, se détachent, se retrouvent.

De l’unisson empoignant, du canon virtuose, du relais organique, des corps qui respirent ensemble, épousent la musique époustouflante de Max Richter et Vivaldi, ou comment se faire saisir de tout son être par des cordes.

Crédit photo : Agathe Poupeney

Les trois forces inébranlables de cette création : La connexion mouvement-musique, le contact entre les 54 danseurs et les formations dans l’espace.

Des constructions de formations d’une pure beauté qui se font et se défont sans que le spectateur ne les voit venir, la fameuse colonne sublimissime qui nous laisse en suspens, une sensation d’irréel par tant de virtuosité et de synchronisation entre les danseur.se.s, la musique et la prise d’espace.

Bouleversant. Grandiose. Majestueux.

A ces danseurs qui dédient leurs vies, leurs énergies, leurs temps, leurs corps à cet art fabuleux qu’est la Danse, tout parait tellement facile et tendre, mais quel travail il y a derrière pour avoir ces corps si disponible et si merveilleux à regarder.

A ces créateurs du mouvement, qui racontent des histoires et les transposent pour faire rêver les gens.

A l’Opéra Garnier, qui malgré son élitisme est un monument mythique, historique qui fait vibrer chacune de mes cellules. L’énergie de ce lieu est unique en son genre.

A faire incontestablement une fois dans sa vie.